La double crise écologique et démocratique que nous connaissons nous oblige à revoir nos modèles de gouvernance et de citoyenneté. Les citoyennes et citoyens ne peuvent se contenter d’agir sur leur ville seulement tous les six ans lors d’un vote et les collectivités ne peuvent faire fonctionner leur territoire sans leur avis, leur implication et leur participation. Une nouvelle ère démocratique s’ouvre : celle des communs urbains, nouveau mode de gestion collaborative de nos ressources communes et vitales.

Autrefois s'opposaient l'économie de marché et l'économie planifiée, qui ont toutes deux montré leurs limites, leurs insuffisances, leur incapacité à défendre l'intérêt général, à créer de la confiance et du lien social et à respecter l'environnement et les grands équilibres écologiques planétaires. Aujourd'hui, émerge une économie des communs qui vise à dépasser cet antagonisme et à pallier ces insuffisances et ces échecs. L'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, l'espace public où nous nous déplaçons, les données que nous produisons, les algorithmes que nous utilisons, la culture, le patrimoine, l'information, la science, la biodiversité ne sont pas des marchandises mais ce ne sont pas non plus des services publics, ce sont des communs. Et la question de la gouvernance de ces communs est au cœur de la crise démocratique actuelle.

A l’heure où chacun peut avoir un impact -positif ou négatif- sur son environnement proche et lointain, il est nécessaire d’embarquer l’ensemble des citoyens pour s’attaquer à la crise environnementale et à la préservation de nos ressources. L’air, l’eau, l’espace public, internet, nous appartiennent tous et appellent des nouveaux modes de gestion. Force est de constater qu’aucun statut -public, privé, associatif- ne suffit à garantir leur qualité et leur durabilité : seul compte un état de fait, une attention de toutes et tous, un soin partagé. Le changement climatique n’a pas été empêché par les institutions existantes, il ne pourra être surmonté que par une nouvelle organisation mettant les citoyens au cœur de celle-ci.

Pour faire converger intérêt individuel et intérêt général, pour éviter les phénomènes de "passagers clandestins", les communs ne peuvent être gouvernés que par des coalitions d'acteurs dont la caractéristique principale doit être l'hétérogénéité et la diversité. En particulier, la gouvernance partagée entre acteurs publics et acteurs privés doit être acceptée et organisée.

La gouvernance partagée nous oblige à repenser nos frontières : la pollution ne s’arrête pas au périphérique, pas plus que notre nourriture produite parfois à des milliers de kilomètres. Cela nous oblige à agir différemment, loin des délimitations classiques : notre territoire réel est notre territoire de subsistance, d’où proviennent nos nourritures, l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons.

Agir sur notre territoire devient un droit fondamental qui doit être encouragé par les collectivités. Les villes deviennent le cœur battant de cette nouvelle démocratie, au travers des budgets participatifs, permis de végétaliser, co-construction de projets urbains et autres actions. Ces initiatives ouvrent la voie à une généralisation et une amplification des communs : il faut dépasser le paradigme de la participation pour aboutir à la co-conception. Les citoyennes et citoyens n’ont pas juste le droit de donner leur avis, ils doivent être parties prenantes des politiques publiques, pouvoir agir sur leur environnement immédiat et sont garants de leur efficacité. En matière de propreté, d’embellissement, de végétalisation, seul un partenariat fort avec les citoyennes et citoyens peut fonctionner. Pour cela, il faut sortir de l’ère du « citoyen passif »-« citoyen consommateur » pour que chacune et chacun se réapproprie son territoire et ait envie d’agir dessus. Face à cela, la collectivité doit se montrer plus agile, à l’écoute et facilitatrice du dialogue. Elle doit tout particulièrement se porter garante de politiques inclusives qui rejettent toute discrimination de sexe, d’origine sociale, de capacité physique ou mentale, de couleur de peau ou de préférences personnelles. Son rôle est de définir les règles qui permettent la coexistence sans intervenir dans les conceptions individuelles du bien personnel.

Inspirons-nous des réussites qui ont fleuri dans Paris, telles que le projet des « Grands voisins », occupation temporaire dans l’ancien hôpital Saint-Vincent de Paul, où la Ville a permis à des associations de s’emparer d’un lieu, de le réinventer et d’y installer une mixité entre hébergement d’urgence, bureaux temporaires et espaces ouverts au grand public. A l’heure où de grandes fractures sociales et démocratiques s’expriment, il faut multiplier ces espaces qui créent du commun et permettent à chacun de trouver sa place au sein d’un territoire.

Au cœur de ce nouveau système, le rôle des expertes et experts est fondamental : ils aiguillent l’action publique et citoyenne, éclairent les manques ou les impasses, documentent les expériences. Elles sont garantes du bon fonctionnement de cette démocratie plus ouverte. Il est de notre responsabilité de faciliter le dialogue entre expertes, experts et citoyennes, citoyens afin de reconstruire la confiance dans l’information, la documentation et la science.

L’idée de communs urbains implique aussi d’«embarquer » le secteur privé et de le sensibiliser à l’intérêt général ; car se limiter aux entités gérées par le secteur public ne suffira pas à assurer la qualité de notre territoire. La fabrique urbaine en est un bon exemple : la diffusion de bonnes pratiques écologiques dans la construction, l’ouverture de l’immobilier à de nouveaux acteurs ont été permis par des appels à projets tels que « Réinventer Paris », mettant le secteur privé au défi d’apporter plus d’intérêt général et écologique dans ses projets.

La conquête des communs nous renvoie à la Res Publica, l’ensemble de choses appartenant à toutes et à tous et à l’usage ouvert, imaginées par le droit romain. La propriété publique ou la propriété privée ne sont jamais suffisantes pour garantir l’ouverture d’une ressource : seul l’état de commun peut permettre un accès réel et un sentiment d’appartenance. Plus qu’un statut, il est la garantie d’une forme active de citoyenneté.

Paris en commun se fixe pour objectif de participer à et d'amplifier la conversation en cours sur les communs urbains, à travers une approche globale sur la gouvernance, des approches thématiques et territoriales, notamment sur les échelles de territoires pertinentes. Nous visons également une réhabilitation de l'expertise et du rôle de la connaissance dans le débat politique, une amélioration du lien de confiance et de la relation entre expertes, experts et citoyennes, citoyens. Nous contribuerons à la construction d'un agenda politique de moyen et long terme, cohérent et consistant pour les communs de Paris et de sa métropole.
 

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