Pourquoi faut-il débitumer Paris ?

le 31 octobre 2019 | 0 commentaire

paris-341094_960_720.jpg

Par Pénélope Komités, Adjointe à la Maire chargée des Espaces verts, de la nature en ville, de la biodiversité, de l’agriculture urbaine et des affaires funéraires

 

Longtemps, les politiques publiques ne se sont pas intéressées au sol. Même le code de l’environnement, qui protège l’eau et l’air, laisse de côté les sols. Pourtant, ce sont des écosystèmes à part entière qui hébergent un quart de la biodiversité de la planète et dont le bon fonctionnement augmente la résistance aux aléas climatiques. Le rapport sur les terres émergées publié par le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat) en août dernier en démontre l’importance primordiale. Pour ces experts du climat, les sols vivants sont une ressource essentielle à la vie humaine : ils sont capables de capter le CO2, d’abriter les micro-organismes nécessaires à la croissance des plantes, de stocker, filtrer et épurer l’eau.

 

Pourtant, le bitume est aujourd’hui omniprésent. Depuis dix ans, l’artificialisation des sols progresse plus vite que la population, malgré le ralentissement économique. Il faut aujourd’hui y mettre fin. C’est une urgence climatique et urbaine. Un sol artificialisé est un sol mort : toute vie y disparaît, la température grimpe dangereusement pendant les périodes de fortes chaleurs, l’eau y stagne, ce qui aggrave les risques d’inondations. Les Parisien.nes ne connaissent malheureusement que trop bien ces deux derniers scénarios. 

 

Depuis 2014, à Paris, nous cherchons le juste équilibre entre la construction de nouveaux logements ou d’équipements publics nécessaires aux habitants et la création d’espaces de pleine terre. Nous avions promis de réaliser 30 hectares de nouveaux espaces verts. Nous avons été au-delà en débitumant en sus près de 8,8 hectares : ce sont des promenades dans les bois où les semelles de nos chaussures retrouvent le doux contact de la terre, plutôt que la densité du bitume, ce sont des jardinières en plein Paris, des rues et des places où la végétation prend racine à même le sol. Cet effort, il nous faut le poursuivre, partout où cela sera possible.

 

Ôter le bitume à Paris et redonner accès à la pleine terre, c’est lutter contre le réchauffement climatique et favoriser la biodiversité. C’est aussi défendre une écologie concrète qui améliore la vie quotidienne des Parisiennes et des Parisiens. De la végétation en ville, c’est jusqu’à 8°C en moins pendant les canicules. Ce sont aussi des espaces publics apaisés et conviviaux ou encore des parcelles pour l’agriculture urbaine. Redonner vie à nos sols, c’est aussi renforcer la capacité de résilience de la ville. En rendant autant que possible les sols perméables, Paris sera plus à même d’absorber les chocs climatiques auxquels elle sera confrontée : « Fluctuat Nec Mergitur  », la ville tangue, mais ne sombre pas.

 

Mais au-delà de tous ces avantages concrets, redonner vie aux sols de notre ville est en réalité un enjeu de société qui interroge la place que nous voulons donner aux communs dans l’espace public. Il s’agit aussi de poser la question de l’équilibre entre les espaces privés et communs, entre la place donnée aux piétonnes et aux piétons et celle donnée aux voitures, qui sont les premières à avoir besoin du bitume pour rouler.

 

Nous proposons aujourd’hui de débitumer tous les espaces qui peuvent l’être : entre les arbres sur les trottoirs, sur les voies routières ou les places de parking qui ne sont plus utilisées ou en décidant d’en supprimer de nouvelles , mais aussi autour des parcs, pour créer de vraies continuités écologiques reliant les espaces verts. De vraies forêts urbaines émergeront pour offrir de nouveaux espaces de vie agréables aux Parisiennes et Parisiens, mais aussi rehausser la beauté de la ville. C’est une ville qui prend soin de son patrimoine culturel, mais aussi de son patrimoine naturel. C’est une ville plus verte, mais aussi plus propre. C’est une ville où les Parisiennes et les Parisiens prennent part à son évolution et retrouvent le contact du sol.

 

Nous sommes convaincus qu’ôter le bitume et redonner vie aux sols parisiens n’est pas une question technique réservée aux ingénieurs et urbanistes : c’est améliorer le bien-être de chacune et chacun ainsi que remettre du commun et de la vie, sous toutes ses formes, dans notre ville.